Le réglage qui change le plus le résultat, et celui qu'on utilise le plus souvent à contretemps. Il peut transformer une nébuleuse invisible en image spectaculaire — ou éteindre une galaxie qui allait bien.
Le Seestar embarque un filtre dit double bande. C'est le réglage qui, à lui seul, fait la plus grande différence sur le résultat. Et c'est aussi celui qu'on emploie le plus souvent au mauvais moment.
Ce qu'il fait
Un filtre double bande ne laisse passer que deux couleurs très précises — deux raies, disent les astronomes :
- le rouge de l'hydrogène (Hα) ;
- le vert-bleu de l'oxygène (OIII).
Tout le reste est très fortement atténué. Pas ramené à zéro — aucun filtre ne va jusque-là — mais assez pour que ça change tout.
Pourquoi c'est une bonne nouvelle en ville
Les lampadaires, les enseignes, la lueur générale d'une agglomération émettent sur tout le spectre. Le filtre en supprime donc l'écrasante majorité.
Et les nébuleuses en émission — celles qui brillent parce que leur gaz est excité par des étoiles chaudes — rayonnent précisément dans ces deux raies.
Le filtre coupe donc la pollution lumineuse presque entièrement, et laisse passer l'objet presque entièrement.
C'est ce qui explique qu'on puisse photographier la nébuleuse de l'Amérique du Nord depuis un jardin de banlieue et obtenir un bien meilleur résultat qu'une galaxie pourtant plus brillante.
Pourquoi c'est une mauvaise idée le reste du temps
Tout ce qui ne brille pas dans ces deux raies perd presque tout son signal.
- Les galaxies brillent de la lumière de milliards d'étoiles, réparties sur tout le spectre. Le filtre en coupe l'essentiel.
- Les amas d'étoiles, même chose.
- Les nébuleuses par réflexion — celles qui ne produisent pas de lumière mais diffusent celle d'une étoile voisine — sont dans le même cas. Ce sont souvent les plus trompeuses : le mot « nébuleuse » pousse à activer le filtre, et c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire.
La règle simple
| Type d'objet | Filtre | Pourquoi |
|---|---|---|
| Nébuleuse en émission, région HII | Oui | Rayonne exactement dans les raies transmises |
| Nébuleuse planétaire | Oui | Très forte en oxygène |
| Rémanent de supernova | Oui | Les Dentelles sont presque invisibles sans lui |
| Galaxie | Non | Lumière continue, le filtre la coupe |
| Amas d'étoiles | Non | Idem |
| Nébuleuse par réflexion | Non | Lumière d'étoile diffusée, donc continue |
| Objet mixte | À essayer | Deux poses courtes trancheront plus vite qu'un raisonnement |
Sur ce site, chaque fiche d'objet indique le réglage conseillé et l'explique. Il est déduit du type de l'objet, et corrigé à la main dans les quelques cas où la classification officielle est ambiguë.
Les cas ambigus, et pourquoi ils existent
Les catalogues astronomiques classent parfois sous le même mot « nébuleuse » des objets de nature opposée. C'est le cas du type générique employé par le catalogue OpenNGC, qui regroupe la Lagune (en émission, filtre recommandé) et l'Iris (par réflexion, filtre à proscrire).
Aucun calcul ne peut les séparer : l'information n'est pas dans les données. Ces objets-là portent donc une indication saisie à la main.
Quelques cas notables :
- M20, la Trifide — moitié émission rouge, moitié réflexion bleue. Sans filtre, on garde les deux couleurs ; avec, on perd le bleu. Sous un ciel correct, sans filtre donne l'image la plus fidèle.
- M45, les Pléiades — la nébulosité bleue est de la lumière d'étoile diffusée. Filtre ouvert, impérativement.
- M82 — les jets rouges rayonnent en hydrogène, mais le disque de la galaxie non. Sans filtre reste le meilleur compromis d'ensemble.
Et la Lune ?
Le filtre aide aussi contre le clair de Lune, pour la même raison : la lumière lunaire est de la lumière solaire réfléchie, donc continue.
Cela veut dire qu'une nuit de Lune n'est pas une nuit perdue — elle est simplement réservée aux nébuleuses en émission. C'est d'ailleurs ce que fait le planificateur de ce site : sous une Lune gibbeuse, il ne propose pratiquement que ces objets-là, et c'est un choix délibéré.